Chapitre 1
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es rues de Mirvade sont encore calmes. La capitale du Royaume des Colonnes s’éveille tout juste. La lumière du jour esquisse à peine de vagues reflets sur les forêts entourant la cité, qui forment comme un mur végétal ondulant sous l’effet de la brise matinale. Un oiseau de proie se pose nonchalamment au sommet de l’immense Colonne qui domine toute la ville, et qui symbolise le royaume source (ou le royaume prime). Dix-neuf autres colonnes identiques à celle-ci, mais de tailles moindres, se dressent de-ci de-là sur le territoire de cet empire : états vassaux, alliés de gré ou contraints de force, vaste ensemble formant le Royaume des Colonnes. L’oiseau tourne brusquement sa tête vers une silhouette qu’il voit déboucher d’une rue au loin.
C’est Kirk Haussler qui se hâte car il va être en retard pour son cours particulier de philosophie auprès de Maître Jian de Courtemare, savant réputé au delà des remparts de Mirvade, et vénéré au sein de son université. Le pas alerte de Kirk résonne sur le pavé. Il se presse aussi car il fait froid. Sa longue cape aux couleurs noir et rouge de l’Université de Magie de la capitale qu’il serre autour de lui, le protège à peine. S’il a remonté sa capuche pour se protéger un peu plus, le vent qui la rejette parfois en arrière laisse entrevoir un visage jeune aux traits fins, aux cheveux dorés et aux yeux bleus. « Que diantre ! Je n’ai pas quatre mains ! ».
En plus de la Magie, Kirk a choisi également l’étude des Sciences de la Nature, par goût et sans doute influence familiale. Toujours est-il que l’indépendance d’esprit s’avère pour lui une condition primordiale à la construction d’une vie honorable. Pour cette raison, il vénère un peu plus que de coutume son géniteur. Son père, Niel Haussler, est comme Jian de Courtemare un savant et un enseignant de renommée à l’Université de Mirvade. De Courtemare doit d’ailleurs beaucoup au père de Kirk. Niel ne l’a t-il pas aidé voilà quelques années à faire sa place au sein du cercle très fermé des Magiciens des Colonnes ? Pourtant, Kirk ne peut s’empêcher de voir son père et son maître comme deux rivaux : fondamentalement différents tant par leur personnalité que par leurs points de vue sur la Vie et la Magie, Kirk se sent souvent pris à parti dans leurs querelles. Son admiration pour l’enthousiasme, la passion et l’ouverture d’esprit de son père est cependant toujours supérieure à la rigueur et à la brillante intelligence de son maître.
Ce matin, c’est la tête lourde des déchets d’une fête nocturne qu’il se rend à son cours. Le vin tinte encore entre les os de son crâne. Il tient cependant à surmonter sa fatigue, tout simplement par courtoisie envers son Maître, car il s’est engagé à ne jamais manquer une séance durant toute une année, et pour amour envers Miliane, étudiante dans la même classe que lui, qu’il veut séduire à tout prix. Voudra-t-elle officiellement un jour de lui ? Kirk en doute car la famille de sa bien-aimée s’oppose violemment aux thèses du docteur Niel Haussler, jugées trop avant-gardistes et trop périlleuses parce que déstabilisantes. Miliane l’a encore éconduit tout à l’heure devant la porte de sa demeure, et a de ce fait peuplé ses rêves et son esprit jusqu’à maintenant. Cette nuit, la fête organisée par les fils du Docteur Multi, docteur ès-Magie de Mirvade, avait tourné à l’aigre un moment. Miliane avait tout entendu, tout enregistré. Il avait senti qu’elle hésitait, qu’elle se mettait à douter de lui, de son amour pour elle, et que petit à petit les mises en garde de ses parents à son égard se frayaient un chemin dans sa conscience. Pourrait-il jamais correspondre à ce qu’elle attend ? Ne lui en avait-il pas trop dit, de ses doutes, de ses errances spirituelles, et encore tout à l'heure jusque devant sa demeure où il aurait aimé passer encore quelques instants avec elle ? Heureusement, rien à craindre d’elle et du cercle très fermé qui participait à cette fête. Personne ne risquait de se souvenir des propos tenus, étant donné l’état dans lequel il les avait laissés à l’aube : tous, à l’exception de Renald, gisaient à même le sol carrelé, les tapis ou les coussins répandus à terre, certains nus, d’autres à moitié.
Malgré son plus profond désir d’appartenir à la famille des futurs magiciens, Kirk sait qu’il diffère d’eux. L’épreuve de sélection qui permet de déceler les candidats possédant le potentiel nécessaire pour rejoindre le club très fermé des magiciens, il l’avait réussie, mais à quel prix ! En contenant au plus profond de lui-même les «Pulsions de Mort» que traquent impitoyablement les Grands Exterminateurs qui les définissent ainsi : pulsions inconscientes, irrationnelles, inclassables donc dangereuses, notamment lorsque l’on désire rejoindre l’Ordre des Magiciens. La puissance acquise se doit d’être contrôlée dans sa totalité, toute pulsion risquant, comme les rêves ou l’émotion, de dérégler ou perturber l’exercice de la magie.
Qu’importe ! Ce matin Jian de Courtemare doit l’entretenir de la nature des forces du Chaos et de l’Ordre. Il attend cet instant avec impatience car il se demande comment son maître va s’en tirer. Va-t-il s’approcher des thèses de son père sans les épouser totalement ou développer tout simplement les thèses officielles des Colonnes ? L’indépendance d’esprit s’avère délicate à entretenir dans un monde que l’on dit vieux, figé et sûr de ses prérogatives et de sa supériorité. Le Royaume des Colonnes lui apparaît bien étrange. Ses dirigeants auraient-ils peur ? Les remparts gigantesques de la cité l’enferment à un point tel qu’il est impossible d’apercevoir les plaines et bois qui l’entourent. Pourtant il est permis à quiconque de s’y aventurer sous le regard goguenard des gardes de faction. Kirk s’y était rendu quelquefois avec son père... et quel spectacle hallucinant !
Tandis qu’il regarde, pour s’orienter, la haute Colonne de Mirvade située au centre de la cité et au cœur du Palais Royal, Kirk lance un regard furtif sur la sombre forteresse qui jouxte la demeure royale. Il pense que dans les geôles de Kerdemare, la forteresse du Grand Maître de l’Ordre des Exterminateurs, se déroulent nombre d’actions inqualifiables, fruits de désirs inavouables. Sa maîtrise de lui-même l’avait sauvé des griffes de ces charognards avec lesquels il compte toujours bien en découdre lorsqu’il parviendra à un poste clé. La brume matinale givre sa peau d’une étrange lueur bleue que seuls les poètes du Royaume savent décrire. Il perçoit tout en poursuivant sa marche, les derniers gémissements portés par le vent des non-humains suppliciés la veille aux sons des tambourins graves, ceux qui enferment l’âme.
La lumière de Calva, la lune rousse, s’estompe peu à peu devant Jian, l’astre rouge des nuits torrides d’été. Viendront ensuite à disparaître Linule le noir, celui qui vient pour rappeler qu’un rien peu faire disparaître la lumière, puis Danil, doré comme un pain qui sort à point du four, mais si petit, si frêle, qu’un nuage paraît l’absorber lorsqu’il passe devant lui. Tout à ses pensées il ne s’aperçoit pas qu’il passe sur le pont des rires écarlates, celui que l’on n’emprunte pas avant le jour. Les eaux tumultueuses de l’Org, malgré leurs grondements, ne le tirent pas de ses pensées qui plongent et explorent son quotidien. C’est comme dans un brouillard qu’il avance et parvient sur un des quais qui longe ce canal. Il connaît si bien le chemin !
Son rêve de quelques jours antérieurs l’assaille à nouveau. Il frémit, prend conscience qu’il s’arrête, regarde autour de lui. Le silence est omniprésent. Pas même le bruit d’une des nombreuses patrouilles ! Il se détend alors, s’approche du mur d’une maison dont il ne distingue que l’opacité, s’y adosse, se détend, respire de plus en plus lentement, les yeux écarquillés.
Shali, troisième jour d’Op, au sommet de la tour suspendue au dessus du vide, à la croisée de deux ponts cristallins, quelqu’un scrute l’horizon. Il attend la levée des trois lunes pour lancer son incantation. Il sait qu’il n’aura à sa disposition qu’une fraction de secondes pour lever le rideau, et qu’il peut rater son coup.
Jian, écarlate, réalise le premier son. Sous lui répond l’océan qu’il ne peut voir, comme un écho grave. Très vite il doit s’adapter à la couleur que projette la lune pour être capable de la maîtriser. Ses mains tremblent. On dirait de frêles voiles de gaz sur le fond du ciel. Un frisson le parcourt. Il le canalise jusqu’à ce qu’il devienne une bille écarlate dans sa paume, tandis qu’au-dehors pointe déjà Danil, le faiseur, la planète d’or et de cuivre mêlés, celle qui va, avant de se stabiliser au firmament, modifier les structures même de la réalité.
Un son s’étire, il lui apparaît comme un tourbillon de lignes. Tout s’alanguit, se disloque, s’effrite. Sa colonne vertébrale est parcourue par un crissement chaud tandis que plus aucun support ne se matérialise sous ses pieds. Il sait qu’il ne doit pas tomber, que l’or afflue dans son œil, et qu’il doit le contracter jusqu’à ce qu’il ne soit plus qu’une sensation de puissance à la limite de la fusion des énergies.
C’est à l’instant précis où Linule montre son premier appel bleu qu’il sait n’avoir pas failli. Le pont est toujours sous lui. On dirait un effilement de brins de laines. Il en saisit trois brins avec sa main gauche pour les nouer ensemble à une extrémité. Maintenant dans le ciel, le rouge, l’ocre et le bleu créent un paysage de féeries. Le Hulin se laisse aller en position du lotus au centre du croisement des deux lignes énergétiques qui le relient à la terre ferme. Il ferme les yeux, se sent guider, glisser sur les rebords d’un paysage qui n’est autre qu’un long couloir, où chaque embranchement est un seuil, une porte sur un monde.
- Seigneur, Seigneur, que vous arrive-t-il ?
Des sonorités affolées lui parviennent mais elles correspondent beaucoup plus à celles d’une porte qui s’entrouvre. Il se sent vivement secoué.
- Venez, il ne faut pas qu’on vous trouve comme ça !
Sa tête tourne. Kirk se sent tiré, il sait qu’il ne marche pas mais qu’on le traîne quelque part. Le raclement de ses bottes sur le pavé le ramène à la réalité. Il ouvre les yeux sur un étroit boyau, plongé dans la pénombre. L’homme le hisse contre lui en le tenant par les épaules. Il ne résiste pas. La lumière plus vive émane d’une autre artère sur sa gauche. Un « Chut !» s’insinue dans son oreille. Seule leur respiration pourrait les trahir, mais d’instinct il la retienne quand des pas qui glissent sur le sol, comme un chuintement, découpent des silhouettes indistinctes emmitouflées dans de larges manteaux gris sur la plaque de lumière qu’il se rappelle maintenant devoir être le quai des «pas brûlants». Aucun des deux hommes ne bouge, même s’ils sont assez loin de l’ouverture, car ils savent d’instinct qu’un rien peut les trahir encore quelques minutes. Le silence est d’autant plus pesant qu’ils se sentent épiés comme tous ceux qui doivent écouter, car éveillés, à l’intérieur de leurs demeures. Et puis, comme synchronisés, les deux compagnons poussent un large soupir et se mettent à rire. Kirk qui repose de tout son poids sur son sauveur, prend conscience de la périlleuse situation dans laquelle il se trouvait quelques minutes plus tôt, lorsqu’il choit à terre. L’homme a lâché prise.
Encore sur le sol il lève la tête pour regarder celui qui vient de lui éviter le pire. Il ne distingue pas son visage entièrement recouvert d’une capuche. L’homme a l’air robuste, bien campé sur des jambes musclées qui reposent dans des bottes de soie pourpre, celle des dieux. Il lui tend la main et l’aide à se relever.
- Ne sais-tu pas, l’ami, que personne ne doit se trouver dans ce quartier avant le lever du jour ? La Milice n’était pas loin ! Nous aurions pu être pris si je n’avais pas été là !
- Et toi même ? Que fais-tu ici de si bon matin ?
Kirk est encore interloqué. L’homme esquisse un sourire énigmatique et s’enfuit rapidement. Il tente par réflexe de le rattraper. Devant lui un jardin broussailleux où s’est engouffré l’inconnu, et qu’il se met à inspecter. Après quelques instants d’hésitation, il s’y engage et découvre à son extrémité, légèrement cachée par des taillis, une porte encastrée dans un haut mur. Il la pousse et se retrouve sur le quai des «pas brûlants». L’homme a bel et bien disparu. Comme il regarde partout, il voit quelques individus bariolés, des pêcheurs sortant leurs étalages qui se pressent en tous sens. Aurait-il perdu la notion du temps ? Une lampe à secondes lui apprend qu’il est loin d’être en retard, mais qu’il ne faut plus traîner ! Dans un coin de son esprit, il repense à cet incident. Il a un sourire aux lèvres, puis ne sait plus pourquoi lorsqu’il quitte le quai, et tourne dans la rue des «maigres pas».
Les maisons, hautes de deux étages, serrées les unes contre les autres dans cette partie de la ville, ne drainent toujours qu’une pénombre. Si chaque demeure possède des caractéristiques particulières qui permettent de les ranger dans les innombrables classements des historiens et architectes du Royaume, Kirk n’en a cure ce matin car il pense déjà à son cours. La rue des «pieds nus», puis du «pendu» défilent tel un décor sans importance. Maître Jian de Courtemare est un des plus grands, tatillon, ironique, précis, rigoureux, avec cette imperceptible tendresse qui pointe parfois au travers de ses phrases. Kirk l’aime bien, l’a toujours connu et souvent entendu, lorsqu’il discutait âprement avec son père. Discutait oui, car ces derniers mois il n’a plus rendu aucune visite ! « Certainement à cause de ses occupations » se dit Kirk. C’est ainsi qu’il débouche, après un dédale de rues et recoins, son raccourci, sur la place nommée «Majalor», nom du père de la magie des Colonnes. Au centre, une colonne de marbre blanc d’environ quatre pas de haut que lissent régulièrement les Namarouzes ou prêtresses de Krell, dieu de l’Etre et de la Nature. A l’autre bout de cette place, l’hôtel particulier de Jian de Courtemare se dresse sur trois étages.
Parvenu à destination, Kirk, comme lui a appris son maître, fait le vide dans son esprit puis se concentre sur le mot qu’il va prononcer. Lorsqu’il se sent prêt, il le laisse aller hors de sa bouche en l’encerclant de son index. La porte s’ouvre. Elle donne sur une vaste entrée circulaire tendue de tapisseries qui content les heures glorieuses des monarques des Colonnes. Aucun meuble, seul le sol de marbre gris, et au centre de ce cercle architectural fermé sur les cieux par une coupole, un autre cercle, mais de bois coloré, scintille sous la lumière du jour tombant des vitraux qui forment la voûte, prouesse des architectes-verriers.
La porte à lourds battants se referme derrière lui. Une voix entame quelques notes sèches, puis se tait. A cet instant, de Courtemare fait son entrée par la petite porte latérale que Kirk sait mener à son cabinet.
- Kirk ! Tu ne perds rien de ton exactitude ! C’est parfait ! J’aime ceux qui ne font pas perdre leur temps aux autres.
- Maître, je suis honoré.
- Laisse tomber ces sornettes de la Cour ! Allons droit au but, car je veux qu’aujourd’hui soit une leçon qui compte dans ton apprentissage avec moi. Non, ne bouge pas, nous demeurerons dans cette pièce car tout ce dont j’ai besoin se trouve ici. Je désire reprendre avec toi les points fondamentaux des thèses des Colonnes.
Etonné mais respectueux Kirk ne dit mot. Ne les connaît-il pas assez ? Depuis toujours, l’enseignement qu’il a reçu s’est reposé sur leurs principes !
Se plaçant au centre du cercle de bois coloré, Courtemare entame sa leçon. Son visage est parcouru, à intervalles réguliers, de tics que Kirk ne lui connaît pas. Il doit avoir des soucis se dit-il !
- Regarde moi, je suis au centre de l’Univers, tel que nous, hommes des Colonnes, l’avons découvert, l’avons construit. Deux axes découpent cette grande roue en quatre parties. A chacune de leurs extrémités une tendance : l’Ordre face au Chaos, la Vie face à la Mort. Ainsi le Chaos qui détruit les constructions des hommes est-il le Mal absolu contre lequel il faut lutter. Il mène à l’anéantissement et à la mort de toutes les créations humaines. Nous sommes dans le camp du Bien et luttons sans cesse contre toute imperfection.
- Mais Maître, n’est-ce pas dangereux de vouloir assimiler systématiquement tel axe ou telle portion du cercle au Bien ou au Mal ? Nous en oublions ainsi plus des trois quart, comme si ces portions de l’univers n’existaient pas ! La réalité n’est-elle pas en fait plus complexe ? Ne nous privons-nous pas ainsi d’une grande richesse ?
Courtemare fronce les sourcils et rétorque d’un ton amusé :
- L’important est que ça marche. Tu sais très bien Kirk, que la simplification de nos théories permet à notre magie de fonctionner sans risque. L’important est que ces hypothèses qui nous fournissent la puissance se révèlent chaque jour encore un peu plus vraies. Cette construction nous permet des affrontements victorieux. On ne change pas de stratégie lorsqu’elle est gagnante !
Jian de Courtemare s’est départi, à ces derniers mots, de sa retenue habituelle. Comme il termine sa diatribe les bras levés, Kirk s’enhardit :
- Mais Maître, où nous dirigeons-nous ?
Satisfait de cette question et de la pertinence de son élève, le regard lumineux, il répond avec une voix forte :
- Mais, Kirk, nous nous élevons ! Nous nous dépassons à chaque moment de notre existence vers le plus qu’humain ! Nous maîtrisons nos pulsions de mort ! Nous nous isolons pour vaincre la bête qui est en nous ! Nous nous battons pour extirper de notre Etre tout entier nos pulsions animales ! C’est de ces dernières que le magicien doit se préserver, et tu le sais.
Kirk se dit alors qu’il peut tenter le tout pour le tout. Son Maître n’est-il pas l’ami de son père ?
- Mon père m’a dit son émerveillement devant certaines pratiques et réalisations des races non-humaines. Sont-elles malgré tant de beauté dans l’erreur?
A cette question le visage de Jian de Courtemare se rembrunit. «Voilà que le morpion reprend le flambeau de son idiot de père !». Un pli au bord de ses lèvres montre son exaspération, mais il rétorque vivement :
- Certaines thèses ne sont pas bonnes à entendre car elles modifient imperceptiblement l’esprit. Vois-tu, ton parcours est exemplaire, tes dons évidents, et je sais de quoi je parle… Je ne voudrais pas qu’une imprudence de ta part puisse remettre en question ton élévation dans la hiérarchie. Ta question restera entre nous, mais demande donc à ton père ce que peut provoquer ce type de pensée. Sois persuadé que le Royaume des Colonnes a choisi la seule voie digne de l’Homme. Va maintenant, je suis très pressé aujourd’hui.
A peine-a-t-il prononcé ces mots qu’il disparaît.
Kirk, interloqué par cette brusquerie, se dirige, abasourdi, vers la sortie. Dans sa mémoire, le cercle de l’univers est bien tracé. Il en parlera aujourd’hui à son père qui, d’ailleurs, doit rentrer de voyage s’il se souvient bien.


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